Yvonne, Princesse de Bourgogne, d’après Witold Gombrowicz. Spectacle archivé en 2014

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Sélection du festival national de Châtillon sur Chalaronne (Ain) en 2014

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° Le synopsis

Nous sommes à la cour du roi Ignace et de la reine Marguerite…

et on s’y ennuie ferme.

L’apparition d’Yvonne, passive et mutique, va créer l’événement. Par défi et par provocation, le prince Philippe décide de l’épouser. Mais elle tombe amoureuse et le prince tente de l’aimer en retour. Les rires malsains, les moqueries fusent. Par cet amour innocent et muet, Yvonne dérange. Elle devient le révélateur violent des turpitudes et des faiblesses de chacun. La Reine renie ses poèmes, le Roi revit ses péchés. La cour est déstabilisée. La royauté est en danger.

Faire quelque chose pour rétablir l’ordre social… mais quoi ?

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° La production

° Mise en scène  Hubert Barbier
° Lumières          Bernard Faure
° Création musicale originale  François Lamy
° Distribution
Mireille Roux-Faure, Corinne Porkolab, Florence Célérier,
Liliane Merle, Eric Quesnot, Bernard Lagarrigue,
Dominique Maurice, Guy Dieppedalle
° Costumes   Mireille Roux-Faure, avec le soutien du CDNA Grenoble que nous remercions

° Edition

La version qui est proposée par Rouge banane est celle de 1968

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Photo Eric Quesnot

 

° Note de mise en scène

Hubert Barbier, metteur en scène

Hubert Barbier, metteur en scène

La pièce de W Gombrowicz  « Yvonne princesse de Bourgogne » est inclassable. Son univers évoque tout autant celui de Shakespeare, que Beckett, Ionesco et même Feydeau. La diversité des situations et la variété de leur registre tient à la grande liberté d’écriture de l’auteur.  Cette liberté n’exclut pas une grande profondeur dans le propos. La pièce nous invite à un voyage aux confins de l’âme humaine, de ses obscurités, de ses incohérences. La dérive de certains personnages, qui révèlent peu à peu leur part d’ombre, va jusqu’à une forme de folie qui reflète l’absurdité de leur comportement.

    

Yvonne, quant à elle, est un personnage mutique. A-t-elle choisi de se taire volontairement ? Nul ne sait. Elle va, en tout cas,  subir les pires avanies de la part des autres personnages. Elle est une sorte de bouc émissaire, et de par son apathie, faire fonction de révélateur de la face cachée de chacun des personnages.

   

La gageure pour la mise en scène d’une telle pièce, est de trouver la juste mesure dans le ton général  du spectacle. Le chaos apparent de la narration, les violents contrastes dans le comportement des personnages, la dimension burlesque de certaines situations, nécessitent de trouver  un équilibre fragile dans le jeu  des comédiens et dans la construction du spectacle entre le tragique et le comique.

    

Le travail de direction d’acteur a donc nécessité une grande exigence, notamment vis-à-vis de l’engagement physique et émotionnel des comédiens. Et une grande précision dans la construction des scènes pour mettre en valeur les ruptures de ton de la pièce. L’absurdité des situations et des comportements ressortent de fait par eux-mêmes, sans avoir besoin de surligner cet aspect de l’écriture dramaturgique. Cette approche a permis d’éviter l’écueil d’un parti pris trop appuyé qui ferait de l’ombre à certaines dimensions de  l’oeuvre. Et ainsi de mettre en lumière tous les aspects de cette pièce, dont la richesse dramaturgique est immense.

 

Hubert Barbier

Metteur en scène

° La Presse

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° L’auteur

Witold+GombrowiczWitold Gombrowicz est né le 4 août 1904 à Maloszyce, près de Kielce, autrefois dans l’empire de l’URSS, aujourd’hui en Pologne. Mort le 24 juillet 1969 à Vence, près de Nice, en France. Ecrivain polonais de talent. Il est aujourd’hui reconnu comme l’un des plus grands auteurs du XX° siècle et a influencé de nombreux écrivains, tels que Milan Kundera

Mouvements d’influences

L’auteur a été influencé par l’existentialisme, le dadaïsme, le structuralisme et le surréalisme. Et, sur le plan théâtral, par Shakespeare. Il a influencé Ionesco.

Petit rappel de l’histoire de la Pologne à cette période

La Pologne émerge comme nation au cours du Xe siècle, conduite par plusieurs souverains de la dynastie Piast qui convertissent les Polonais au christianisme.

Le territoire polonais évolue sous plusieurs formes au cours de l’histoire européenne ; au XVIe siècle, par exemple, sous la forme d’une union avec la Lituanie, la Pologne forme un immense État du centre de l’Europe ; à d’autres époques, il n’existe aucun État polonais indépendant.

Établie sur des populations slaves habitant les rives de la Vistule, la création de la Pologne est souvent identifiée à l’adoption du christianisme par ses souverains au Xe siècle ; leur territoire est alors similaire à celui de la Pologne contemporaine. En 1569, la Pologne s’unit à la Lituanie et fonde l’Union de Pologne-Lituanie (ou République des Deux Nations), l’un des États les plus grands et les plus peuplés d’Europe. À partir de la fin du XVIIe siècle, cette union commence à s’effondrer et les États voisins la démembrent progressivement jusqu’à sa disparition totale en 1795.

La Pologne indépendante est recréée après la Première Guerre mondiale en 1919. Entre les deux guerres, son territoire est pris en tenailles entre deux pays menaçants : l’Allemagne et l’Urss. La Pologne se rapproche, politiquement et idéologiquement, de son voisin allemand.  Puis elle est occupée et partagée par l’Allemagne nazie et l’Union soviétique en 1939. Elle devra attendre 1945 pour être de nouveau recréée, mais sur un territoire encore différent.

D’après Source Wikipedia

Trône.2.° Comédie créée en 1957

Yvonne, princesse de Bourgogne (Iwona, księżniczka Burgunda) est une pièce de théâtre de Witold Gombrowicz, publiée en 1938 et créée en 1957, à Varsovie. Définie comme une comédie par son auteur, elle conte l’histoire d’une jeune fille taciturne et apathique, Yvonne, que le fils du roi prend pour fiancée par défi et dont la passivité éveille les pulsions meurtrières de son entourage. Première pièce de Witold Gombrowicz, elle exprime déjà la problématique de « l’anarchie illimitée de la forme », développée par l’écrivain dans la suite de son œuvre. Elle est la plus jouée et la plus populaire des pièces de son auteur. Plusieurs opéras en ont été tirés.

° La genèse de cette pièce

1933. Ecriture

Witold Gombrowicz commence l’écriture de la pièce en 1933. L’environnement politique est violent. Le gouvernement de Pologne est alors autoritaire, xénophobe, proche de l’idéologie des responsables politiques de l’Allemagne voisine. Au chevet de son père malade, Witold Gombrowicz vient de publier son premier ouvrage, un recueil de contes, sous le titre de Mémoires du temps de l’immaturité. La genèse du texte de Yvonne Princesse de Bourgogne est pénible : l’exploitation d’un thème abstrait poussé jusqu’à l’absurde confronte l’écrivain à d’importantes difficultés formelles.

1938. Publication de l’oeuvre

Achevée en 1935, la pièce est d’abord publiée dans la revue Skamander, en 1938.

Costumes.2.x3501957. Représentations de Yvonne, Princesse de Bourgogne

Varsovie. La pièce est retirée de l’affiche en février 1958, après deux mois de représentations. L’œuvre de Witold Gombrowicz n’est plus publiée en Pologne jusqu’en 1986. Par ailleurs, son théâtre est joué à partir de 1974.
En 1965, Alf Sjöberg met en scène Yvonne, princesse de Bourgogne au Théâtre royal dramatique de Stockholm. Un an plus tard Sjöberg met en scène Le Mariage et c’est alors que l’on commence à proposer Witold Gombrowicz pour le prix Nobel de littérature.
En 1965, Yvonne, princesse de Bourgogne connaît aussi sa première en France : la pièce est mise en scène par Jorge Lavelli au Théâtre de Bourgogne en août et, en septembre, représentée au Théâtre de France (Odéon) à Paris.

1958. L’auteur modifie son texte

La Pologne communiste connait alors une courte période de dégel politique pendant laquelle l’œuvre de Witold Gombrowicz, à l’exception du Journal, peut être publiée.
En 1958, à Varsovie, est proposée au public la première publication, en volume, aux éditions PIW. L’auteur apporte à cette occasion quelques modifications à son texte de 1938 : les vingt-cinq répliques du personnage d’Yvonne, déjà brèves, sont alors réduites à sept. C’est cette édition, dont la couverture est dessinée par Tadeusz Kantor, qui sert ensuite de base aux traductions étrangères.
Une traduction française, due à Constantin Jelenski et Geneviève Serreau, paraît en 1965.

1968. L’auteur modifie une dernière fois son texte

En 1968, l’auteur opère, sur la version de 1958, de nouvelles coupures. Il supprime notamment les sept répliques d’Yvonne, précisant en didascalie, à côté de son nom : « Elle se tait. » C’est cette dernière version que Rouge banane présente cette année.

° Différentes approches de la pièce

Selon l’auteur

« Yvonne est davantage issue de la biologie que de la sociologie […] ; elle est issue de cette région en moi où m’assaillait l’anarchie illimitée de la forme, de la forme humaine, de son dérèglement et de son dévergondage. C’était donc toujours en moi… et moi j’étais dedans… »
Witold Gombrowicz, Testament : Entretiens avec Dominique de Roux

Courtisans.10.x350Le personnage dans le théâtre de Gombrowicz par Krystyna Maslowski

Le statut des personnages – “ petits hommes sanglés dans des costumes de fête ” ou désarticulés d’une façon grotesque par le masque social – apparait comme une satire féroce  de la société, dans une perspective aristocratique et chrétienne. La disposition dialectique de ces figures illustre le rapport maître/valet, supériorité/infériorité, elle apparaît comme nourrie du culte de l’absurde. Sorte de cour ubuesque ridicule, grotesque, atroce dans laquelle erre le héros. Ce choix de mettre en scène (dans les trois pièces de Gombrowicz) une cour royale  semble à la fois révéler l’intention de l’auteur de faire ressortir les mécanismes universels du pouvoir, le passage de l’ancien régime au monde moderne. Mais, par ce choix, Gombrowicz nous entraîne aussi dans la zone nocturne de l’inconscient, du rêve, de la subjectivité.

Krystyna Maslowski. Exposé sur « le personnage dans le théâtre de Gombrowicz« . Université Sorbonne Paris 2002

Yvonne. L'équipe de comédiens. Photo P. Yniesta

Yvonne. L’équipe de comédiens. Photo Pascale Yniesta

Autres points de vues

Rappelant la formation juridique de l’écrivain, l’avocat Jean-Pierre Buyle (2007) relève dans la pièce l’omniprésence des lois, naturelles et humaines : Yvonne lui apparaît comme « une sorte d’Antigone » qui refuse de s’y soumettre ; le prince, qui échoue à leur échapper, illustre le thème, récurrent chez l’auteur, du conflit entre l’immaturité de la jeunesse et le poids de la « forme », la structure institutionnelle.

Anna Fialkiewicz-Saignes (2008), critique et spécialiste de littérature comparée, rapproche l’élimination d’Yvonne de la mise à mort du bouc émissaire : elle pointe dans le banquet final « un avatar de la fête sacrificielle » qui, dans la pensée de René Girard, permet à la collectivité de recréer son unité en donnant un exutoire à la violence qui la mine.

Aux yeux de Philippe Boesmans (2009), qui a composé un opéra à partir de la pièce, l’histoire d’Yvonne est axée sur le rapport entre désir et dégoût : « le désarroi du dégoût et celui du désir sont de la même famille » et c’est pourquoi le choix absurde du prince, en révélant la confusion qui règne au fond de chacun, bouleverse tout le monde.

Pour Katia Vandenborre (2009), attentive aux utilisations de la figure de Marie, « reine de Pologne », Witold Gombrowicz, par des signes tels que le silence d’Yvonne, comble de discrétion féminine, ou ses pleurs de Mater Dolorosa, combinés à son statut royal, esquisse une « caricature » de cette « allégorie nationale ». Sa mort, voulue par les autres mais provoquée par l’arête d’un poisson, symbole chrétien, peut évoquer une Pologne victime de ses voisins, aussi bien que du poids intérieur de la religion.

Les courtisanes. Photo Eric Quesnot

Les courtisanes. Photo Eric Quesnot

° Analyse de la pièce

Voir l’analyse de la pièce dans Wikipedia

° Commentaires de spectatrices

Yvonne, Princesse de Bourgogne.

Encore bravo pour le spectacle d’hier et tout le travail que ça représente. C’est déstabilisant et surprenant, cette pièce !

C’est notre rapport à la différence, à l’étranger (dans les réactions, les comportements), à celui qui est hors codes, hors normes, qui est illustré là me semble-t-il. « Elle », cette femme presque sans nom dans tout le début de la pièce, suscite l’agacement, le dégoût, le mépris, la haine, voire la rage destructrice, parce qu’elle renvoie à la peur de devenir soi-même transparent, invisible, totalement passif, objet de toutes les pulsions des autres, plutôt que sujet de sa propre vie. Tout ça parce qu’elle est privée de parole.  Et parce qu’on n’observe pas ses mimiques.

C’est donc la fonction de la parole qui est interrogée, ça fait penser à la Métamorphose de Kafka, le fils devenu insecte n’a plus droit à la considération, à l’existence même, il n’est plus rien. La différence ici c’est qu’elle garde une apparence humaine et que, en cherchant à la punir de la violence qu’elle fait aux autres par son mutisme (on ne sait pas ce qu’elle pense), on lui donne brièvement la vie, l’existence  (par son cri) au moment même où on la tue. Ce peut être la victoire de l’innocence bafouée que de se faire entendre malgré tout au moment où on veut la faire disparaître, pour rester dans les mémoires.

Bon, voilà ce qui me vient ce matin, en y repensant, mais sur le coup on y perd ses repères!

                    Geneviève. 12.10.2013

Yvonne Princesse de Bourgogne
Je me suis régalée avec votre spectacle aussi bien sur les cotés contrastés, voire loufoques des tenues et perruques, avec la variété de vos répliques. Votre mise en scène sobre met tous les détails en valeurs.  Je ne suis pas du tout du milieu du spectacle donc mon regard est sans culture en ce domaine. J’en ai profité pour regarder votre programme futur. Merci pour votre qualité.
Marie-Pierre 14.10.2013

Un petit trésor de théâtre. Une mise en scène superbe. Des comédiens tous très justes.                              Marie Pierre F. 16.10.2013

° Réaction lorsque cette pièce a été jouée au Canada par une autre compagnie

« Texte exceptionnel. Une oeuvre qui illustre une cruelle loi de la nature : le plus fort veut souvent écraser plus faible que lui ».
La Presse, Canada  2011

AFFICHE.Yvonne.0833.F.x400.° Partenaire

Nous remercions, de son soutien technique et financier, la commune de St Egrève, Isère

° Production Rouge banane Théâtre 2013

Rouge banane est membre de la FNCTA

° Portraits

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Régisseur de Rouge banane  Bernard Faure

Régisseur de Rouge banane
Bernard Faure

Yvonne Mireille  Roux-Faure

Yvonne
Mireille Roux-Faure

Cyril Bernard Lagarrigue

Cyril
Bernard Lagarrigue

Cyprienne Corinne Porkolab

Cyprienne
Corinne Porkolab

Prince Philippe Dominique  Maurice

Prince Philippe
Dominique Maurice

Le Chambellan Guy  Dieppedalle

Le Chambellan
Guy Dieppedalle

La Reine Florence Célérier

La Reine
Florence Célérier

Le Roi Eric Quesnot

Le Roi
Eric Quesnot

Isabelle. Liliane Merle

Isabelle.
Liliane Merle

Une courtisane Corinne Porkolab

Une courtisane
Corinne Porkolab

 

 

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